4 mars 1839

« 4 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 223-224], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6320, page consultée le 04 mai 2026.

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Je vous demande un peu de venir faire cet embarras quand on a la ferme intention de rester chez soi : « Mes affaires sont-elles toutes là ? » Animal, veux-tu bien te taire car c’est par trop bête et trop ignorant ce que vous dites et ce que tu fais. Aussi, je jette un beau coton1 depuis que je mène cette belle vie de célibataire et de recluse. Je souffre comme une damnée et je m’ennuie comme un chien. Il va falloir, mon Toto, que nous envoyionsa chez la mère Lanvin aujourd’hui à moins que tu n’aimes mieux que ce soit vendu, ce qui m’est tout à fait égal. Il fait bien beau aujourd’hui, c’est dommage que je sois sortie depuis trois jours, sans cela je vous aurais mis en réquisition pour me traîner chez la mère Pierceau mais si vous voulez nous pourrons aller nous-mêmes chez les Lanvin et je suis sûre que je ferai bien plaisir à la pauvre Toinette. Au reste, je reconnais que vous êtes tout à fait dans votre droit de me refuser, attendu que depuis trois ou quatre jours vous vous êtes FENDU de plusieurs sorties. Jour, mon petit homme. Jour, mon Toto. Je vous aime, vous êtes mon très bien aimé mais vous n’êtes pas mon trop bien aimant.

Juliette


Notes

1 Dictionnaire de l’Académie Française, 1835 : « Fig. et fam., Cet homme jette un vilain coton. Il perd son crédit, sa réputation. On dit ironiquement, dans le même sens, Il jette un beau coton. »

Notes manuscriptologiques

a « envoyons ».


« 4 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 225-226], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6320, page consultée le 04 mai 2026.

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Vous êtes bien charmant, mon petit homme, de dîner avec moi aujourd’hui. Vous le seriez encore infiniment plus si vous y ajoutiez le déjeuner avec ce qui précède ou plutôt vous seriez deux fois bon et ravissant comme vous êtes toujours le plus désiré et le plus aimé. J’ai vu Mme Guérard tantôt qui m’apportait mes pantouflesa à voir et qui m’a emporté un vieux soulier pour les faire monter à mon pied. Elle était ornée d’une capote ravissante et pas chère et dont j’aurais la plus grande envie si je ne savais pas par expérience que vous n’entendez pas raillerie sur la toilette de votre pauvre Juju. Vous aimez mieux payerb le double une chose de nécessité absolue que de profiter d’un bon marché quelconque, même quand c’est moi et ma fantaisie qui doiventc en profiter. Vous êtes le MAITRE et je reconnais que je n’ai pas le plus petit mot à dire et que je suis votre esclave soumise. Quand m’apporterez-vous mon Régnier ? Et quand me confierez-vous la santé et l’éducation de votre moigneau1 ? J’attends depuis longtemps après le premier et je suis digne à tous égards de votre confiance pour le second. Je vous aime, dites donc, vous, et plus fort que jamais. Si vous croyez que c’est facile, vous vous trompez.

Juliette


Notes

1 Moineau.

Notes manuscriptologiques

a « pantouffles ».

b « payé ».

c « doit ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.